Blog d'une thérapeute sur la guérison et l'exploration de la conscience
Il y a 3 jours, j’ai reçu comme beaucoup cette triste nouvelle qui a été relayée par mail et par un collectif qui s’est créé et a lancé une pétition sur Internet : de nombreuses plantes médicinales, dont celles de l’ayurveda et de la médecine traditionnelle chinoise, seraient bientôt illégales en Europe…
Curieusement, malgré mes recherches sur Internet, je n’ai trouvé que très peu d’informations sur ce sujet, excepté l’appel à signer une pétition et des réactions à cette pétition, jugée comme un outil de propagande, notamment par des personnes qu’elle citait.
Pour revenir à l'information qui a suscité toutes ces réactions, voici l’info que donne en résumé l’association Alliance for Natural Health sur son site :
Après avril 2011, de nombreux produits et compléments alimentaires à base de plante deviendront illégaux. Ceci en raison d’un changement de la loi au niveau européen. Le 30 avril 2011, une Directive Européenne, connue sous le nom de Directive sur les Produits à base de plantes médicinales traditionnelles (THMPD) entrera en vigueur.
Après cette date, seules les plantes médicinales qui seront passées par la procédure d’agrément seront disponible partout en Europe. Pour une large catégorie de plantes médicinales, en particulier celles de l’Ayurveda et de la médecine traditionnelle chinoise (MTC), soit les conditions exigées par la procédure d’agrément sont impossibles à remplir, soit leur coût est excessivement élevé et donc rédhibitoire. Dans de nombreux cas, ce sont les deux contraintes à la fois qui s’appliquent.
C’est pourquoi le résultat est qu’aucune plante médicinale de ces traditions n’a été enregistrée. Ces produits seront interdits de manière effective après le 30 avril. Cette interdiction s’appliquera aussi sur les compléments alimentaires qui sont utilisés par des milliers de personnes dans toute l’Europe pour leur santé.
Alliance for Natural Health est une association basée en Angleterre (avec un réseau européen), qui effectue un travail d’information et de réflexion et a décidé d’entreprendre une action en justice. L’ANH a collecté 90 000 livres pour entreprendre cette procédure au Royaume Uni et remettre en cause la directive européenne, qui selon eux est disproportionnée, discriminatoire et non transparente. L’objectif de l’Alliance for Natural Health est de porter ensuite l’affaire jusqu’à la Cour de justice européenne.
Face aux inquiétudes soulevées par la mise en application d'une telle règlementation, un article sur le site mieux-etre.org permet d’approfondir la question, en indiquant notamment qu'il ne s'agit pas d'une interdiction des plantes médicinales, mais que suite à l'entrée en vigueur de la directive, les plantes médicinales n'ayant pas obtenu une AMM (autorisation de mise en marché) pourront être commercialisées, mais non avec des indications thérapeutiques. En d'autres mots, elles resteront donc disponibles - mais ne feront tout simplement plus concurrence aux médicaments des laboratoires pharmaceutiques.
Cet article de la journaliste Isabelle Masson-Loodts explique aussi que selon Thierry Thévenin, il aura fallu près de deux ans de travail de plusieurs dizaines d’experts représentants des 27 pays – du 23/11/2005 au 07/09/07 – pour que la commission HMPC1 ( The Committee on Herbal Medicinal Products) reconnaisse aux graines de fenouil commun (Foeniculum vulgare L. ssp. ) ses indications de drogue antispasmodique expectorante ou digestive, indications connues depuis des siècles dans les cultures populaires euro-méditerranéennes et chinoises. Le cas de la feuille de vigne rouge (Vitis vinifera L. ssp.) aura pris 3 ans : entamé le 31 octobre 2007, il a aboutit seulement le 15 juillet 2010. A ce jour, la liste communautaire des plantes autorisées comprend 149 plantes sur les 600 envisagées initialement par la Commission. Le nombre d’espèces de plantes médicinales s’élève à 20 000 dans le monde.
Ce serait dont une question économique : ce ne sont pas les plantes médicinales mais les plus petits acteurs de la filière qui sont menacés, puisqu’ils n’ont pas les ressources comme de plus gros groupes pharmaceutiques peuvent en avoir pour faire homologuer ces remèdes. Enfin, certains suspecteraient l’ANH de n’être autre chose que le lobby de défense des industriels de la phytothérapie...
Quoi qu’il en soit, au-delà du débat sur la pétition, on ne peut que regretter que la mise en place de toute cette armada de procédures et de coûts financiers n'a clairement pas pour but de favoriser la commercialisation à des fins thérapeutiques de la pharmacopée traditionnelle, qu’elle soit chinoise, indienne, ou européenne…
Ce n'est pas la première tentative de tenter de contrôler par des moyens juridiques et financiers l'utilisation des plantes médicinales. On prendra seulement pour exemple la "guerre de l'ortie". Comme le résume Isabelle Masson-Loodts :
"dans la guerre de l’ortie, en donnant une nuance juridique à l’ortie et au purin d’ortie, il semble qu’il y ait une tentative de criminaliser l’usage et la diffusion des savoirs relatifs aux plantes…"
Notre arrogance pseudo-scientifique, notre technocratie et surtout, la recherche du profit à tout prix, nous a rendus tout simplement… avides et stupides.
Espérons tout de même que cette directive sera modifiée - si jamais elle entre en vigueur comme cela est prévu - et évoluera pour répondre à un besoin croissant de citoyens de se tourner vers les pharmacopées traditionnelles, quand la médecine moderne et son arsenal de produits chimiques montre ses limites, et que nous réalisons la sagesse et le précieux savoir de nos ancêtres sur les simples, ces dons précieux de la Nature.
Brenda